Interview d’Aurore Schlumberge du Journal des Femmes pour parution dans linternaute.com/femmes (Février 2004)

 

HunYuan Taiji quan et les Femmes

 

> Pouvez-vous vous présenter ? Quand et comment avez-vous commencé à pratiquer le Taiji quan (transcription chinoise, prononcé Tai chi Chuan, TJQ en abrégé) ?


Mon nom est Le-My Lac.

Je suis née en 1952, mariée et j'ai une fille de 13 ans.

Je suis universitaire de formation (doctorat 3ème cycle Sciences Mathématiques). J'ai été pendant dix ans professeur de Mathématiques à Paris. A cette époque, je tombais régulièrement malade: grippe, rhino-pharyngite ou toux à chaque changement de saison.

Me souvenant des mérites du Taiji quan que mon père pratiquait, j’ai commencé à partir de 1979 à suivre un cours hebdomadaire de TJQ style Yang. Ma santé s’était améliorée petit à petit, néanmoins je n'étais pas satisfaite de ma pratique que je trouvais ‘amateur et gymnastique’.

En 1989, j’ai découvert le style Chen originel du TJQ qui était à l'époque peu connu en France. J'ai été tout de suite intéressée par son aspect plus 'ouvert' et plus 'martial'. J'ai ensuite fait la découverte du Hunyuan Taiji du Maître Feng Zhiqiang (Pékin). Cette découverte fut décisive et j'ai quitté l’enseignement des Mathématiques pour me consacrer entièrement à l’apprentissage, l’approfondissement et la transmission de cet art.


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Pouvez-vous nous présenter brièvement qu'est ce que le Taïji quan ?

 

Le TJQ est un art martial interne chinois. Il comprend cinq styles. Le style Yang est le plus répandu, caractérisé par des mouvements lents et circulaires. Le style Chen est le style originel, caractérisé par des mouvements souples et en spirale; le travail martial et l’effort physique y sont plus marquants. Le Hunyuan Taiji est un développement du style Chen par le Maître Feng Zhiqiang.

Le travail interne signifie une mobilisation active et globale du corps et de l’intention.

On applique le principe du ‘Yin/Yang’, c’est-à-dire la prise en compte de la dualité d’une situation. Et au lieu de la confrontation, on préfère la transformation.

Pendant la pratique, les pensées parasites sont ‘remplacées’ par une seule pensée: exécuter en souplesse un mouvement en l’intégrant dans l’enchaînement codifié. Ensuite, le travail à deux permet vérifier son propre acquis avec un partenaire: l’exactitude des mouvements, la coordination, l’écoute et l’application martiale.

La pratique des armes prolonge ensuite les mouvements du bras et du corps et améliore l’élasticité et la coordination.

Les mouvements sont des successions de contraction – vers le centre de gravité  du corps – et de décontractions – ossature, musculature et l'ensemble des articulations. Les pratiquants prennent plaisir de se réapproprier de leur propre corps et progressivement, d'être en osmose avec son espace environnant. Le corps, l'énergie et la pensée accordent leur rythme et s'harmonisent. On a alors l'impression d'une grande quiétude; les stress de la vie quotidienne disparaissent !


> Y a- t-il beaucoup de femmes qui le pratiquent ?

 

Dans mes cours, deux tiers sont des femmes allant du 25 ans au 73 ans !

A la Fédération de Tai-chi chuan et Qigong FTCCG, à ma connaissance, les licenciés en Tai-chi chuan sont de l’ordre de 16500.(en Fév 2004)


> Avez-vous constaté une évolution du nombre d'inscrites ?
 

En augmentation constante !


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En quoi le Taï chi chuan est bénéfique pour les femmes ?

 

En plus de toutes les mérites déjà citées, je voudrais ajouter un mot sur l’intérêt de la pratique du TJQ pour la femme enceinte:

Les mouvements lents du TJQ ne gênent pas la grossesse alors que d'autres sports peuvent être contre-indiqués. En continuant la pratique, la femme s'oxygène davantage, le fœtus en bénéficient directement et le bébé sera plus 'éveillé'. Les mouvements de la taille et des hanches renforcent les muscles ventraux, gaine protectrice du fœtus et préparent activement la récupération de l'après accouchement. Une expérience importante pour moi-même ! J’avais continué le TJQ jusqu’au huitième mois de ma grossesse et repris l’entraînement un mois et demi après accouchement. Tout s’était très bien passé. Et je peux dire que ma fille a été un bébé particulièrement facile, calme et ‘éveillé’.

> Faut-il une condition physique particulière pour pratiquer cet art ?
 

La pratique convient à tout public. Elle ne nécessite pas de condition physique particulière. Par contre, la régularité et de la persévérance seront nécessaire pour arriver aux résultats d'amélioration de la santé, de la confiance en soi et de l’harmonie dans la vie de tous les jours.

 
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Est-il accessible à tout type de femme ?

 

Bien entendu ! Et particulièrement intéressant pour les femmes actives dont le métier nécessite beaucoup de ‘relationnel’ comme les hôtesses, les enseignantes, les éducatrices, les infirmières, les psychanalystes, les kinésithérapeutes ou celles qui exercent des métiers artistiques comme les chanteuses, les danseuses, les comédiennes. Il aide les pratiquantes à avoir plus de recul dans des situations conflictuelles et à éviter d’entrer dans le ‘sentimentalisme’.

Il est dommage qu'il n'est pas généralisé et enseigné dans les lycées. Il pourrait aider les jeunes à mieux accepter leur corps en pleine croissance, surtout pour les jeunes adolescentes.

Enfin, pour les femmes au foyer, il les aide à ‘re-conquérir’ l’espace environnant et éviter le repli vers soi.