
Comment bien pratiquer le Taiji quan?
par Feng Zhiqiang
Avant-propos
par Lac Le-My (Choisy-Le-Roi, Janvier 2010)
Ce texte du Grand Maître Feng Zhiqiang est paru pour la première fois
en 2003 dans l’album de la célébration du 20ième anniversaire de
l’Association du Taiji quan style Chen Shanghai. Il a été légèrement
retouché et publié ensuite dans le symposium du 2ème Meeting du Hunyuan
Taiji quan tenu à Suzhou, en Mai 2009.
En chinois et en deux pages et demi de chinois, il résume les
expériences et la recherche de toute une vie sur le Wushu, arts martiaux
chinois en général et pour le fondement du Xinyi Hunyuan Taiji quan en
particulier. Il couvre de larges domaines: la cosmologie antique
chinoise, la médecine traditionnelle, le Daoyin qigong, les lois de la
mécanique en physique, les tactiques martiales et l’hygiène de vie.
Relier tous ces domaines très variés en une structure fluide avec des
explications claires, tel est le sentiment du lecteur de ces lignes.
C’est un guide pour entrer dans la voie traditionnelle d’apprentissage
du Taiji quan, c’est aussi une richesse inestimable pour entrer dans le
travail interne et de la connaissance de soi.
A partir de l’état de vacuité, notion mentionnée dans le canon Daode
Jing de Laozhi, est engendré l’état Taiji. Cet état composé de deux
énergies yin et yang à la fois opposées et complémentaires, est le
moteur de tout mouvement. Aujourd’hui, ces notions gardent une
extraordinaire modernité face à l’explosion du réseau Internet et du
Numérique. D’ailleurs, l’informatique ne se base-t-il pas sur le couple
zéro – un (ou le oui – non) et sur leurs combinaisons?
L’intérêt du système Hunyuan se base sur sa construction cohérente en
"réseau" présenté sous forme d’arborescence. Il donne le moyen de
répondre aux questions délicates. Par exemple, comment relier: le
travail interne à l’externe, des notions de la médecine chinoise (par
exemple des centres énergétiques et des entrées sortie d’énergie Qiao)
aux applications martiales, comment interpréter des notions abstraites
(par exemple la vacuité et le shen ling dextérité spirituel) appliquées
à l’art de la boxe?
En Taiji quan, on parle beaucoup de la notion de lenteur, à tel point
que l’image du Taiji quan "C’EST LENT !!" lui colle à la peau. Qu’en est
il, en réalité? Quand on observe pratiquer les maîtres, tout style
confondu, une impression de dynamisme, de détente et de concentration en
ressort. Ils prennent certes soin de terminer chaque posture et de
s’assurer le respect des principes Yin et yang. Ils mettent forcément
plus de temps dans l’exécution que les disciplines dites "externes".
Fréquemment, on voit des postures "coincées", tassées et asphyxiantes,
soit disant qu’il fallait être "lent" et qu’il fallait être "enraciné".
On rencontre aussi des postures totalement artificielles en "porte
manteau" avec des coudes maintenus en l’air, soit disant qu’il ne
fallait pas fermer les aisselles! En réalité, que signifie-t-elle?
Force-t-on à ralentir son rythme dans l’exécution des mouvements?
Pourquoi faire? Doit-on garder toujours ce rythme "lent"? N’y aura-t-il
pas une contradiction entre lenteur et attaque fulgurante si le Taiji
quan garde encore son but initial d'art martial? La réponse à ces
questions est rarement satisfaisante. Fréquemment dans les livres
traitant sur ce sujet, on peut relever les mêmes explications ou
"recommandations", mille fois répétées. Il est possible que ce soit des
plagiats, des théories toutes faites recopiées, au moins l’auteur est
sûr qu’il ne soit pas en "contre-courant". Mais elles présentent peu
d’intérêt, ne provenant pas des expériences personnelles et présentant
des notions disparates copiées par-ci par-là.
Dans le texte, des points de vue holistes sont décrits, des liens et de
leur passage mutuel entre la MTC, le Qigong et les arts martiaux sont
révélés, de précieux conseils pour s’entraîner d’une façon
traditionnelle et structurée sont donnés.
A chaque étape, comme un zoom, les explications sont données d’une façon
progressive et globale en s’appuyant sur la philosophie et la cosmologie
antique, sur les notions de la médecine traditionnelle chinoise. Le
lecteur entre ensuite aux domaines plus spécifiques pour aboutir aux
techniques martiaux du Taiji quan, la finalité de cet article. Les
concepts sont structurés et les démarches sont indiquées sous forme de
"clés". Le lecteur, en se laissant guidé pas à pas et couche par couche
comme dans le jeu des poupées russes, découvre de précieux conseils pour
sa pratique.
Ce texte comprend plusieurs niveaux de lecture, il nécessite plusieurs
passages pour détecter au fur et à mesure les liens entre les
différentes notions traitées.
A travers le Taiji quan, c’est une invitation à la découverte et à la
réflexion: de l’infiniment grand à l’infiniment petit, la place de
l’homme ou, plus restreint, la place du "moi", dans l’univers. La bonne
compréhension des champs énergétiques (énergie originelle, énergie
postnatale) permet l’application à la vie au quotidien, une mobilisation
et une dynamisation des capacités fabuleuses de soi. Il ne reste plus
qu'à progresser en déroulant ces "outils" hérités et enrichis. En les
unifiant, le résultat est presque miraculaire!
Comment bien pratiquer le Taiji quan?
par Feng Zhiqiang
Le travail du Taiji quan comprend deux aspects : Le premier concerne
l’art de préservation et du bien être "yangsheng" (yang : nourrir,
sheng : la vie) et le deuxième les techniques de combat. Une
connaissance et une combinaison harmonieuse entre ces deux aspects
conduisent le pratiquant à la voie véritable du Taiji.
Comment bien pratiquer le Taiji quan ? Je pense qu’il dépend de trois
facteurs : le premier est "comprendre le principe" (mingLi), le deuxième
est "savoir pratiquer à bon escient" et le troisième est
"savoir se préserver".
1. Comprendre le Principe (mingli)
Pour bien progresser dans la pratique du Taiji quan, il faut
comprendre le Principe du Taiji Yin – Yang, partie intégrante de la
philosophie chinoise.
Il inclut les notions du :
- Wuji (l’état de vacuité),
- Taiji Liangyi (les deux modes: le yin et le yang),
- Sancai (les trois trésors: le Ciel - l'Homme - la Terre),
- Sixiang (les quatre figures: Yin – Yang – fermeté – souplesse),
- Wuxing (les cinq éléments: le bois – le feu – la terre – le métal – l’eau),
- Liuhe (les six intégrations),
- Qixing (les sept étoiles),
- Bagua (les huit trigrammes),
- Jiugong (les neuf palais),
Il faut saisir la définition de l’état primordial Hunyuan ainsi que
le principe d’engendrement et d’inhibition, le principe d’aller dans le
sens du courant, le principe d’inversion, le principe de préservation et
du bien être ‘Yang Sheng’, le principe d’expérimentation et le principe
du Hunyuan. Les lois de la mécanique en physique (la loi d’attraction
terrestre, les forces centrifuge et centripète, l’action et la réaction)
sont à tenir compte.
Nous développerons ces notions comme suit:
- Le Wuji représente l’état de grande vacuité. C’est l’état du chaos, sans
forme ni image, sans son ni couleur. Il se situe avant la séparation du
ciel et de la terre, il engendre le Taiji, état comprenant deux pôles le
yin et le yang.
- Le Taiji, engendré par le Wuji, est appelé l’état du Grande Faîte. Son
énergie exprime l’énergie de l’état congénital (appelé aussi l’état du
ciel antérieur[1]
) ou encore l’énergie Hunyuan. C’est l’énergie du Un véritable Zhen yi.
Il constitue le moteur du mouvement et de l'immobilité, le commencement
de toute chose, la racine du processus "d'engendrement – inhibition".
Centré et impartial, non remplie et flexible, le Taiji représente la
force interne dans le travail de la Boxe Taiji quan. En termes du corps
humain, le ventre est comparé au Wuji, l’état du relâchement, de la
quiétude et de la vacuité, tandis que la zone du nombril correspond au
Taiji, la racine de l’état ciel antérieur; l’immobilité est comparé au
Wuji, l’état de la grande vacuité, tandis que le mouvement au Taiji,
l’état de la naissance du yang unique. Pour travailler la boxe, il faut
démarrer par le Wuji, entrer dans la vacuité. Dès que le grand calme est
atteint, un mouvement interne est enclenché, signe de la circulation de
l’énergie. Ce mouvement est le résultat de l’intention qui, en veillant
au Dan tian, unit les énergies yin et yang. C’est pour cette raison
qu’on dit: à partir du Wuji, l’état Taiji est engendré avec la présence
des énergies yin et yang. Les enchaînements en Taiji quan ne sont que
l’expression conséquente de l’union entre le Yin et le Yang.
- Le taiji engendre les deux pôles: le yin et le yang. Ils constituent
l’état du ciel postérieur[2].
Ils sont opposés l’un à l’autre tout en s’appuyant mutuellement, se
transformant et se neutralisant. Quand ils s’unissent, c’est le début du
travail du Taiji quan. Ils s’expriment à travers les actions
d’"ouverture - fermeture", de "mouvement – l’immobilité", "inspiration
– expiration", "montée – descente", "extension – repli", "supination –
pronation" du mouvement spiralé, l’alternance entre "plein – vide",
"détente – contraction" et "accumulation – explosion". Concernant le
corps, les reins ainsi que le haut et le bas du corps sont comparés aux
deux pôles yin et yang. Pendant les exercices, en partant du Dan tian,
on alterne mouvements et détentes.
- Les deux pôles yin et yang engendrent Sancai, les trois trésors de
l’univers qui sont le ciel, la terre et l’homme en respectant le schéma
suivant: le ciel au dessus, la terre en dessous et l’homme entre les
deux. Quand le ciel atteint le "Un" véritable, il est clair et limpide ;
quand la terre atteint le "Un" véritable, elle est paisible et quand
l’homme atteint le "Un" véritable, il devient subtil. On pourrait dire
que le "Un" se divise en "trois" et les "trois" s’unissent en "Un". Ce
principe constitue la base du Taiji quan. Exprimé à travers le corps, il
concerne le tronc – les membres supérieurs et les déplacements des
membres inférieurs. Ces trois éléments s’unissent en un : en parlant de
la notion des trois sections: la racine – le milieu – l’extrémité, elles
doivent s’ajuster pour ne former qu’une. En ce qui concerne les trois
trésors de l’homme « l’essence – l’énergie – l’esprit », il faut unir
les trois centres Dan Tian : supérieur – médian et inférieur. Pendant
les mouvements, on relie constamment au Dan tian médian. Pour la
pratique du Taiji quan, on utilise l’intention le Yi pour faire circuler
l’énergie à travers les Qiao, portes d’entrées – sorties de l’énergie. A
travers les mouvements spiralés qui relient les trois sections, une
énergie unique harmonise les trois éléments du corps : le tronc, les
mains et les pieds.
- Les trois trésors engendrent les quatre figures. Ils comprennent le yin
– le yang – la fermeté – la souplesse. Celui qui est souple représente
la souplesse en yin. Celui qui est ferme représente la fermeté en yang.
En ce qui concerne le corps, les quatre membres (les bras et les
jambes), les quatre bouts (les cheveux, les doigts, la langue, les
dents) sont les quatre figures. Pour la boxe, on l’exprime à travers
l’alternance entre le yin et le yang, entre l’immobilité et le
mouvement, entre le plein et le vide, entre la fermeté et la souplesse.
Les mouvements des quatre membres sont fluides ; l’énergie des quatre
‘bouts’ est suffisante. Tout mouvement exprime le démarrage du qi avec
la vibration du Dan tian. La taille guide les membres à s’enrouler, en
alternant la détente et la contraction, la fermeté et la souplesse.
- Les quatre figures engendrent les cinq éléments: l’eau – le feu – le
bois – le métal – la terre. Pour le corps, il représente les cinq
organes (le cœur, le foie, la rate, les poumons et les reins), les cinq
sens (la langue, les yeux, la bouche, les oreilles et le nez). En Taiji
quan, les actions « avancer – reculer – tourner vers la gauche – tourner
vers la droite – centrer » constituent la base de la boxe. Pendant les
mouvements, l’énergie descend au Dan tian pour démarrer le Taiji, on
distingue bien le plein du vide pour appliquer les cinq déplacements,
tandis que l’énergie des reins monte et que l’énergie du cœur descend
pour harmoniser l’eau et le feu. Le centrage de l’énergie englobe les
cinq éléments.
- Les cinq éléments engendrent les six intégrations. Les quatre directions
Est – Ouest – Sud – Nord s’intègrent avec le Ciel et la Terre, le devant
– le derrière – la gauche – la droite s’intègrent avec le haut et le
bas. Ce sont les composants basiques de la boxe. Pour le corps, les six
intégrations comprennent : le cœur s’intègre avec l’intention,
l’intention s’intègre avec l’énergie, l’énergie s’intègre avec la force,
tandis que l’épaule s’intègre avec l’aine, le coude s’intègre avec le
genou et la main s’intègre avec le pied. Tandis que l’intention Yi forge
la rondeur et l’énergie Qi la réalise à travers les bras, l’entre jambe,
la taille et le dos. Pour les techniques en Boxe, il y a les six
intégrations et les six avances.
- Les six intégrations comprennent : la tête et la main s’intègrent, la
main et le torse s’intègrent, le torse et le pas s’intègrent ainsi que
le devant et le derrière s’intègrent, la gauche et la droite
s’intègrent, le haut et le bas s’intègrent ; pour les six avances, on
compte : avancer la tête, le bras, la taille et le pas, avancer d’abord
la gauche et faire suivre par le pas droit, avancer d’abord la droite et
faire suivre par le pas gauche.
Pendant les mouvements, quand l’esprit est assemblé et l’énergie concentrée, ils permettent s’intégrer avec le Dan tian ; quand l’extérieur et l’intérieur s’intègrent, le haut et le bas se suivent. Tout le corps est uni comme une famille, nourri par l’énergie condensée.
- Les six intégrations engendrent les sept étoiles[3].
Dans la boxe, les sept étoiles indiquent l'utilisation des parties du
corps: la tête, la main, l’épaule, le coude, l’aine, le genou, le pied.
Pendant les exercices, ils sont utilisés comme un poing, plus
précisément: la main frappe, le coude attaque et les coups de pieds
tombent tandis que la tête cogne, le genou heurte, l’épaule et l’aine
appuient. En mouvement, on utilise l’énergie pour infuser aux parties du
corps mentionnées, vers les sept "étoiles", à l’image de la louche
céleste. Ces parties sont utilisées comme sept "poings" en boxe.
- Les sept étoiles engendrent les huit trigrammes Bagua. Bagua est composé
de «Kan – Li –Zhen – Dui – Qian – Kun – Gen - Xun», correspond aux huit
points cardinaux « Nord – Sud – Est – Ouest, Nord Ouest, Sud Ouest, Nord
Est, Sud Est ». Ils représentent les changements directionnels de la
boxe. Pour le corps, on compte les huit sections des membres (les bras,
les avant-bras, les cuisses et les jambes), les huit "vaisseaux
extraordinaires" (les vaisseaux conception "Ren" mai - gouverneur "Du"
mai – la ceinture "Dai" mai – "Chong" mai – Yin "Chao" -Yang "Chao"- Yin
"Wei"- Yang "Wei"). En Taiji quan, ils correspondent aux huit portes
appelées les huit potentialités (Parer "Peng" – tirer "Lü" – Presser
"Ji" – Appuyer "An" – Cueillir vers le bas "Cai" – Fendre "Lie" – Coup
de coude "Zhou" – coup d’épaule "Kao"). En mouvement, l’intention
enclenche l’ouverture et la fermeture de l’énergie du Dan tian, on
s’exécute les huit potentialités en s’appuyant sur les Qiao, portes
d’entrées - sorties d’énergie. Ainsi l’énergie des huit vaisseaux est
fluide, reliée aux huit points cardinaux.
- Les huit trigrammes engendrent les neuf "palais". Ils sont représentés
par les huit trigrammes et le "palais central", les huit points
cardinaux et le centre. Ceci termine la figure en boxe. Pour le corps,
les figures "9 pour la tête, 1 pour les pieds, 3 pour la gauche, 7 pour
la droite, 2-8 pour les épaules, 4–6 pour les pieds, 5 pour le retour au
centre". Pour le Taiji quan, ce sont les huit potentialités ajoutées du
centrage. Les multiples transformations partent du Dan tian et y
reviennent, le Dan tian représente la terre centrale et l’énergie
centrale, lien entre ces éléments. En mouvement, l’intention veille au
Dan tian médian, au poste central. De là, les dix mille choses et les
dix mille figures naissent. Ne pas quitter la terre centrale pour
tourner le Taiji et laisser l’énergie reliée aux neuf ‘palais’.
- Pour finir, on retourne au Hunyuan. L’état Hunyuan représente la figure initiale du Taiji, le chaos primordial. Tandis que l’énergie en Hunyuan, le corps en Hunyuan, le cercle en Hunyuan et une graine de Hunyuan, Hunyuan yi li représentent le niveau supérieur atteint dans le travail. Pour le Taiji quan, par des mouvements fluides et circulaires, l’harmonisation en rondeur entre l’intention, l’énergie, l’esprit et le corps forme le cercle Hunyuan. Une subtilité s’installe où on ne distingue ni la boxe, ni l’intention particulière. Au sein de l’intention et de la non intention, la vraie intention jaillit. L’énergie Hunyuan atteint une telle vacuité et une telle dextérité que les mouvements ne sont que le tournoiement des cercles Hunyuan d’intention et d’énergie, le corps, le cœur, les membres sont en "vacuité". L’esprit ainsi entraîné atteint un degré subtil tel qu’on retourne à l’état primordial Hunyuan.
Connaître le principe pour travailler la boxe nous ouvre la voie de recherche et d’entraînement : en commençant par la vacuité, on y retourne ; naître à partir d’une énergie, on y revient ; en partant du Dan Tian, on y réintègre ; l’immobilité et les mouvements se maintiennent à partir du centre et de la verticalité; on se base sur le Hunyuan, on y retourne ; on s’appuie sur le ciel postérieur pour retourner au ciel antérieur, on entretient le ciel antérieur pour transformer le ciel postérieur. Comme le Taiji vient du Wuji, la graine Hunyuan parfait la quête de la voie de la recherche du cinabre Dan.
2. Savoir pratiquer à bon escient.
Travailler le Taiji quan ne doit pas se contenter de la forme. Il faut
savoir pratiquer correctement. Cela comprend: savoir pratiquer les
enchaînements, le travail interne gong, les poussées de mains Tuishou et
les applications. Avoir de bonnes méthodes et être guidé correctement,
savoir où mettre l’accent, suivre une transmission traditionnelle, tel
est la clé pour éviter des embûches et des détours inutiles. De cette
façon, parallèlement au progrès attendu en gongfu, l’amélioration de la
santé et de la longévité Yangsheng[4]
s’en suit.
Nous mentionnerons trois points: commencer par le travail interne Lian
gong, mettre l’accent sur le lâcher prise, connaître les étapes et
suivre une transmission traditionnelle.
a) Commencer par le travail interne Lian gong.
Il faut apprendre dans cet ordre : commencer par le travail interne
Neigong, puis la forme (les enchaînements), ensuite la poussée de main
Tuishou et enfin les armes.
Il faut commencer par pratiquer le travail interne Lian Gong. Le Taiji
quan fait partie des arts martiaux internes. Le travail interne
constitue la base des enchaînements, des armes et du Tuishou et la
racine du bien être et de la longévité. Les enchaînements et les armes
s’appuient sur le gong, le Tuishou se réalise par le gong et le
Yangsheng prend racine par le gong. Un adage sur la voie martial dit:
"le premier est le gong, le deuxième est l’audace et le troisième est
techniques et savoir-faire". Un autre dit: "la force ne peut vaincre les
techniques, les techniques ne peuvent pas vaincre le gong."
Le gong est basé sur l’énergie primordiale Hunyuan qi formée à partir du
ciel antérieur. Il façonne une force élastique à la fois ferme et
souple. Il sous-tend un corps en "vacuité" et pleine de dextérité appelé
Hunyuan Ti, baigné par un champ énergétique et électromagnétique. On dit
souvent qu’il est facile de travailler les enchaînements mais difficile
pour le travail du gong. Mais, si l’on ne travaille pas le gong, en
vieillissant, on se retrouve les mains vides. En effet, quand on n’a pas
bien travaillé l’énergie interne ni la force interne, en s’appuyant
seulement sur la force musculaire et l’énergie du ciel postérieur, on ne
peut pas obtenir de bon Taiji gongfu.
Comment mettre l’accent sur le gong ?
- Travailler la Boxe doit passer par le travail interne Lian gong : A part
les entraînement aux enchaînements, aux armes et au Tuishou, il faut
avoir un programme structuré pour cultiver et pratiquer le Gong ou
s’entraîner au Taiji Hunyuan Neigong.
- Avant la pratique des enchaînements, commencer par le gong. Chaque jour,
avant d'attaquer les enchaînements, il faut réserver un certain temps
pour pratiquer le Taiji Hunyuan gong. A chaque démarrage d’enchaînement,
il faut pratiquer la posture Wuji zhuang, jusqu’à ce que l’énergie soit
garnie ou jusqu’à ce que l’état Wuji engendre le Taiji. On commencera
ensuite à la pratique de la Boxe.
- Il faut mettre l’accent sur le travail de gong et non sur
l’enchaînement. Si le temps est limité ou dans de situations
particulières, l’entraînement à la Boxe peut être interrompu mais pas le
gong.
- Quand on s’entraîne aux enchaînements, appliquer les principes du
travail de base, les principes du gong: on combine les méthodes
d’entraînement du gong et de la Boxe, l’énergie du Taiji et la forme du
Taiji. En s’appuyant sur l’énergie Qi, on s’entraîne à la Boxe. On
utilise la Boxe pour entraîner le Qi. On soigne en même temps le mobile
et l’immobile, on préserve le calme en se mouvant. Les exercices en solo
doivent être travailler autant que les enchaînements. C’est
l’entraînement traditionnel d’une Boxe interne.
En combinant les trois éléments le travail interne Gong - la Boxe Quan -
les applications Yong, on illustre les relations suivantes : travailler
le gong et la Boxe permet de se connaître, travailler les applications
et le Tuishou permet de connaître l’autre, "son adversaire". La voie
pour s’entraîner la Boxe est de combiner la Boxe et le gong, l’union des
trois « Gong – Quan – Yong » mène à un gongfu véritable. Si un côté des
trois est négligé, on ne peut pas espérer à de bon résultat.
b) Savoir s’entraîner doit mettre l’accent sur le
lâcher prise.
On respecte les trois points : se relâcher ; aller lentement et
respecter les cercles.
- Se relâcher. Pour démarrer, il faut d’abord se relâcher. Il est facile
d’apprendre la boxe mais difficile de se relâcher. Sans relâchement, on
ne peut aller en profondeur. En se relâchant, l’énergie devient fluide,
et en gardant le calme, la force brute du ciel postérieur change de
nature. Les articulations et les Qiao, portes d’entrée sortie d’énergie
s’ouvrent. En ajustant les trois sections (épaule – coude – main ; aine
– genou – pied), on garantit le passage de l’énergie centrale. Le fait
de se relâcher aide le Qi de descendre. Le corps devient plongeant et
stable comme une montagne, avec le haut "vide" et le bas "plein".
Relâchés en s’enroulant les dix huit "balles"[5],
les mouvements spiralés deviennent ronds et fluides. En se relâchant,
l’énergie s’infiltre dans la structure osseuse, elle la rend plus
souple, plus chargée et résistante. Relâchées, les parties du corps en
s’unissant rendent le corps plus agile; toutes les forces s’assemblent
comme une famille. Se relâcher permet libérer les tensions entre les
tendons, les os et les muscles. En améliorant leur souplesse, leur
qualité élastique est renforcée. Comme pendant le repos, la relaxation
permet de préserver l’esprit originel, de réguler et d’équilibrer les
énergies yin et yang. Elle aide la ‘vacuité’ s’installer à chaque partie
du corps. Elle aide l’esprit à atteindre un état supérieur, à la vacuité
suprême. Se relâcher permet d’éviter la fatigue. En travaillant
assidûment, on s’approche de sa vraie nature, de ce qui est spontané.
Pour la poussée de mains Tuishou, le relâchement affine la sensibilité
du toucher, permet de « connaître les autres sans que les autres
devinent notre pensée ». Quand l’énergie de la vésicule biliaire est
garnie (en MTC, la vésicule biliaire engendre l’audace) et le corps
relâché, les actions « absorber – exploser » seront menées avec aisance.
- S’entraîner lentement. Il faut prendre le temps pour exécuter chaque
mouvement, en Taiji quan. Les déplacements constituent un entraînement
aux piliers ‘mobiles’ Huo zhuang ; le travail d’enracinement s’en suit,
avec la distinction du yin et du yang en Taiji. Lentement, l’énergie
suit les Qiao l’une après l’autre pour relier les trois sections et pour
exécuter les treize potentialités Shi san Shi. Travailler lentement
permet coordonner l’intérieur et l’extérieur, relier le haut et le bas
pour enclencher le mouvement à partir des pieds. Il favorise l’union de
l’énergie qui circule aux méridiens, s’enroule et relie chaque partie du
corps comme une famille ; la lenteur permet à l’esprit de se concentrer,
à l’énergie de s’assembler et à la force élastique de s’accumuler. Elle
accompagne la sérénité pour rejoindre l’état originel, avec vacuité et
dextérité. En poussée de mains Tuishou, on utilise la lenteur pour
maîtriser les mouvements rapides, faire plonger la force entrante
et compresse la racine (les pieds) de l’adversaire. Vu de l’extérieur,
la poussée de mains semble lente mais elle permet de vider et rester en
alerte. Elle ‘colle et adhère’ au corps du partenaire gêné dans ses
transformations.
- Il faut être rond et non figé. Le Taiji est le résultat d’un état rond
en mouvement. Son énergie est à l’image d’une roue et la taille de
l’essieu d’une voiture : Tout tourne sans encombre autour de son axe.
Pendant l’exécution du Taiji quan, le yi l’intention, le Qi l’énergie,
le corps, les cercles, la force interne et l’esprit, tout est en
mouvement spiralé, rond et non figé. Etant circulaire, la surface de
contact est la moindre, elle subit le minimum de pression, elle dévie
les trajectoires, absorbe et vide l’action. Les tours engendrent les
forces centrifuges et centripètes, aident à renvoyer grâce à une
succession de cercles vers une cible précise.
En résumé, on atteint un bon niveau en travaillant avec relâchement, on
forge véritablement son gongfu en prenant le temps dans son travail et
on obtient de meilleurs résultats en travaillant en rondeur et en
dextérité.
c) Connaître les étapes et suivre une
transmission traditionnelle d’entraînement.
J’ai suivi mon maître (maître Chen Fake) pour apprendre le Taiji quan;
au cours de cet apprentissage il m’a fait changer sept fois la façon
d’aborder la boxe. J’ai compris alors toute la subtilité et la
profondeur de cet art.
Ci-dessous, j’essaie de synthétiser tout ce que mes maîtres me l’ont
transmis et ce que j’ai pu expérimenter. Il m’est impossible d’entrer
dans les détails, j’ai simplement résumé par sept clés : un noyau, deux
persévérances, trois principes, quatre formules, six règles, huit étapes
et seize secrets pour s’entraîner.
- Un noyau: le noyau du taiji est l’état Hunyuan, état non différencié et
primordial. Il comprend : le Hunyuan énergie, le Hunyuan corps, le
Hunyuan cercle, la Hunyuan graine. Hunyuan est l’état originel du Taiji
tandis que le Taiji est un produit rond en mouvement pour exprimer le
Hunyuan.
- Deux persévérances: garder l’entraînement traditionnel en unissant le
travail du gong et de celui de la boxe, garder l’aspect martial en
combinant les enchaînements et les applications.
- Trois principes: travailler l’interne et l’externe avec l’accent sur
l’interne, combiner le mobile et l’immobile avec l’accent sur
l’immobile, combiner l’entraînement et la préservation avec l’accent sur
la préservation.
- Quatre formules: combiner l’extérieur et l’intérieur, coordonner le haut
et le bas, unir tout le corps comme une famille, former une entité
Hunyuan à tout le corps.
- Six règles: se cultiver dans le calme, s’entraîner dans le relâchement,
poursuivre la recherche dans les cercles enchaînés, bouger sans
précipitation, mouvoir en harmonie, se développer par préservation.
- Huit étapes:
- Premier étape : Engendrer le
taiji en nourrissant l’énergie Hunyuan;
- Deuxième étape : Véhiculer
le taiji en engageant l’intention et l’énergie Hunyuan;
- Troisième étape : Enraciner
le Taiji en travaillant les postures en Hunyuan zhuang;
- Quatrième étape : Tourner le
Taiji avec le Hunyuan Chansi, l’enroulement spiralé;
- Cinquième étape : Intégrer
le Taiji avec le Hunyuan dans sa globalité;
- Sixième étape : Transporter
le Taiji avec l’élasticité Hunyuan;
- Septième étape : Retourner
au Taiji avec vacuité et dextérité Hunyuan;
- Huitième étape : Nourrir le
Taiji avec une graine Hunyuan;
- Premier étape : Engendrer le
taiji en nourrissant l’énergie Hunyuan;
- Seize secrets pour s’entraîner:
- s’entraîner comme au repos;
- S’entraîner comme faire du
pilier zhan Zhuang;
- S’entraîner comme l’union
entre le Ciel – l’Homme et la Terre;
- S’entraîner comme pour
exécuter une peinture;
- S’entraîner comme pour faire
circuler l’énergie;
- S’entraîner comme pour
changer de souffle;
- S’entraîner comme en tuna,
respirer;
- S’entraîner comme en
nageant;
- S’entraîner comme pour
méditer;
- S’entraîner comme pour
débloquer les méridiens;
- S’entraîner comme pour
équilibrer le yin et le yang;
- S’entraîner comme pour se
détendre;
- S’entraîner comme pour
cultiver son destin et sa nature;
- S’entraîner comme pour
transformer l’esprit – l’énergie et l’essence;
- S’entraîner comme en auto
massage;
- Cultiver et entraîner les
qiao mentionnés.
- s’entraîner comme au repos;
3. Savoir "se préserver" mène à la réussite.
En pratiquant la Boxe, si l’on ne connaît pas la voie pour se préserver,
on peut s’entraîner assidûment sans obtenir de résultats escomptés. Au
contraire on court le risque de se blesser.
- Que doit on préserver ?
Pour l’intérieur, on préserve les trois trésors "l’essence Jing – l’énergie Qi - l’esprit Shen"; pour l’extérieur, on soigne le corps – les mains et le pas. On nourrit les cinq organes (foie – cœur – rate – poumons – reins) et les six entrailles (la vésicule biliaire – l’intestin grêle – l’estomac – le gros intestin – la vessie le triple réchauffeur), la salive, le sang et les sucs pour l’intérieur, les membres et tout le corps, les tendons, les os et les muscles pour l’extérieur. On veille à l’éthique et au moral, on soigne la forme de la boxe. On enrichit le ciel postérieur pour retourner au ciel antérieur. On préserve le ciel antérieur pour transformer le ciel postérieur. Cette préservation présente de multiples facettes, à part la pratique de la Boxe en bon escient, elle passe par une diététique adéquate, une bonne gestion des émotions, une attention aux changements des saisons et à l’hygiène au quotidien. En somme, on respecte une hygiène de vie régulière sans excès. - Comment se préserver ?
Cultiver le cœur pour enrichir sa Nature, rester en forme pour alimenter sa boxe. Travailler avec l’intention et le cœur. Le cœur est maître du corps, les sept sentiments et les six désirs y prennent source. Son excès d’activité porte atteinte aux trois Trésors (Jing – Qi – Shen). Les éléments du ciel antérieur touchés, un déséquilibre entre le yin et le yang surgit. Un excès de yin et un manque de yang entament l’énergie et le sang. Ils rendent le corps s’affaibli ainsi que sa capacité immunitaire et sa résistance physique. Face aux attaques extérieurs (grippe ou maladies saisonnières) ou aux chocs émotionnels, on tombe facilement malade.
C’est pourquoi, dans les codes de Yang sheng, on observe les règles suivantes a) Y mettre du cœur, b) Garder le milieu, c) Connaître l’opération d'inversion.
- a) Y mettre du cœur.
Pour obtenir de véritables méthodes de travail, il faut y mettre du cœur. Pour obtenir le bien –être Yang sheng, il faut commencer par élever son cœur (au sens moral). En effet, un cœur serein préserve l’essence Jing, un cœur paisible préserve l’énergie Qi, un cœur en vacuité préserve l’esprit Shen, un cœur tolérant préserve sa Nature, un cœur généreux élève la morale, un cœur respectueux préserve la voie, un cœur non tenté préserve les cinq organes, un cœur détendu conserve la forme, un cœur droit et impartial préserve sa Boxe, un cœur persévérant préserve la volonté , un cœur terre à terre aide à la finition de ses actes, un cœur piètre et aimant préserve la bienveillance, un cœur partageux préserve ce qui est juste, un cœur courtois favorise les rites cérémoniales, un cœur en vacuité et en dextérité préserve l’intelligence, un cœur honnête garde la confiance, un cœur altruiste s’approche de la Vérité. - b) Garder le milieu.
Réguler et harmoniser vers le centre reste la clé véritable pour nourrir le cœur et le corps. On l’observe à chaque instant, pendant l’entraînement aussi bien en poussée de mains. Pour ce dernier, on veille à garder le calme, l’énergie centrée et le corps droit. On choisit la voie du milieu, ni excès ni manque, ne pas heurter ni quitter, ne pas précipiter ni en retard, ne pas stagner ni s’énerver, équilibrer le yin le yang et le ferme le souple, apporter une bonne régulation. Toutes les actions partent du centre : veiller, agir, tourner, changer, ouvrir, fermer, avancer, reculer, s’embusquer, exploser, vider, évacuer. On choisit la voie du milieu pour agir. Par cette voie, on préserve l’énergie originelle et développe l’énergie vitale. - c) Connaître l’opération d'Inversion (Ni yun).
Pour faire un travail véritable en Boxe, il faut comprendre l’opération ‘Inversion’ Ni yun, littéralement, aller dans le sens contraire du circuit habituel. Ainsi, il permet de retourner à l’état du ciel antérieur, à l’énergie yang originel et véritable, et éviter du yang artificiel du ciel postérieur. A travers quelques exemples ci-dessous, nous allons illustrer l’importance de cette opération Inversion ‘Ni yun’. Dans le cas contraire, la préservation, l’entraînement adéquat et le progrès sont de mots vains.
Premier exemple : épuiser le cerveau par des pensées parasites. A la longue, l’esprit originel est atteint, entraîne de perturbations dans son métabolisme et engendre de maladies. Ni yun consiste à se concentrer et à se calmer. En évitant solliciter les cellules nerveuses inutilement par des pensées disparates, en se concentrant dans le travail de la Boxe, le cerveau se récupère de sa fatigue et le Shen originel est nourri. La capacité d’auto régulation, de défense immunitaire et d’auto récupération est à nouveau restaurée.
Un autre exemple concerne le phénomène du débordement de l’essence séminale si elle est garnie. Si l’on la gaspille, on risque de s’épuiser mais en plus de toucher à l’essence originelle. Ni yun consiste à purifier l’esprit et le cœur en chassant des pensées charnels, à préserver la vie et sa santé. Verrouiller la porte de l’essence en la fixant à sa place. En utilisant la méthode de la transformation du Jing en Qi, l’essence séminale est travaillée pour retourner en énergie et en sang, on comble le manque et faire profiter au corps. Tout en veillant à épargner l’essence Jing du ciel postérieur, on le relie à l’état initial, en fructifiant et stabilisant l’essence du ciel antérieur pour atteindre l’état Hunyuan.
Un troisième exemple concerne la distribution et la répartition énergétique à travers le corps. En MTC, l’énergie du haut du corps est de nature yang tandis que celle du bas du corps est yin ; le cœur est d’énergie yang, attribué au feu, de nature montante tandis que les reins sont d’énergie yin, attribué à l’eau, de nature descendante. Dans le cas où le yin et le yang sont en déséquilibre, il n’y pas de communication entre les énergies du cœur et des reins. A la longue, une cassure énergétique s’est créée et ouvre la porte aux maladies. L’opération Inversion Ni yun consiste à amener l’esprit Shen vers le bas, à garder l’intention au Dan tian médian, ainsi l’esprit Shen entre en fusion avec l’énergie Qi, stabilisant l’énergie des foyers Qiao, portes d’entrées – sorties énergétiques. Ce qui permet à l’union entre les énergies yin et yang, entraînant la descente du ‘feu’. L’intention atteint la zone ‘Réunion des yin’ Huiyin (au dessus de la zone du périnée, le Dan tian inférieur) et le point Source Jaillissante Yong quan (sous les pieds, point du méridien des reins), conduisant le feu vers la source d’eau. En utilisant l’eau pour réguler le feu, on rend le haut vide et le bas plein. Ainsi le feu et l’eau s’harmonisent. Le cœur ‘descend’ amenant l’intention à La Porte du Destin Mingmen et aux reins. Avec l’énergie des reins ‘montante’ et du cœur ‘descendante’, l’énergie du Vaisseau Gouverneur monte et celle du Vaisseau Conception descend, les énergies du cœur et des reins se conjuguent. De cette façon, la santé est préservée.
Un quatrième exemple est: Pendant l’effort, l’homme a pris l’habitude de solliciter les muscles et cherche à augmenter leur masse. Ainsi, une grande force vaincra une plus petite, un frappe rapide vaincra une réplique plus lente. L’opération Inversion Niyun préconise qu’à travers le relâchement et le calme, les activités intentionnelles du cœur et de l’énergie vont engendre une force interne. Celle-ci renvoie la force venant de la personne en face tout en la déviant. On dit qu’on a ‘emprunté’ la force du partenaire tout en l’absorbant sans surenchérir dessus. C’est possible grâce aux mouvements circulaires dont la surface de contact est la moindre. En utilisant les tactiques de ‘adhérer – coller – relier – suivre’ et le principe du levier, on s’économise en appliquant une force moindre pour contrer une grande force. Ainsi, tout en travaillant les applications martiales, on s’épargne tout en se préservant.
D’autre part, pour mener une action, on s’appuie et démarre par celle qui est son complémentaire (ou l’opposé) ; par exemple, si on développe le yang, il faut commencer par le yin ; pour s’étendre, il faut d’abord se contracter ; avant d’ouvrir, il faut fermer ; avant d’exploser il faut s’accumuler ; pour aller, il faut d’abord revenir ; avant de monter, il faut d’abord descendre ; pour aller à l’avant, il faut partir d’arrière ; pour aller vers la gauche, il faut d’abord partir de la droite ; pour avancer, il faut d’abord reculer.
Toutes ces illustrations font partie du principe d’Inversion Ni yun en Taiji.
En résumé, préserver la santé consiste à nourrir le cœur – l’esprit, préserver le cœur pour rester centré, rester centré pour appliquer l’Inversion, l’inversion aide à atteindre la longévité.
- a) Y mettre du cœur.
- Il est bon de savoir s’entraîner correctement pour éviter des risques de
blocages internes et pour se garder en bonne santé.
Les manières de travailler qui permettent de préserver la santé sont : travailler dans le calme, en prenant le temps, avec relâchement, avec l’intention, en douceur, en rondeur, avec souplesse et fluidité, le cœur serein et centré, le corps droit et confortable, le haut vide et le bas plein, détendre les épau
les et descendre les coudes, vider la poitrine et remplir le ventre, relâcher les lombaires et rentrer les fessiers, s’asseoir sur les aines et arrondir l’entre jambe, rentrer le Huiyin pour éviter les fuites d’énergie, l’esprit concentré et l’énergie assemblée, détendre l’énergie jusqu’aux pieds avec relâchement, travailler la Boxe comme au repos, s’entraîner comme pour véhiculer l’énergie, s’entraîner dans des endroits aérés, savoir absorber et repousser en douceur en poussée de mains Tuishou.
Les manières suivantes sont à éviter : travailler en se pressant, en vitesse, tendu, utiliser la force brute, avec lourdeur et figé, garder une pensée agressive, le corps tordu et penché, le haut lourd et le bas léger, relever les épaules et soulever les coudes, gonfler la poitrine et rentrer le ventre, serrer la taille et ressortir les fessiers, plier les genoux exagérément, le Huiyin en fuite d’énergie, faire exploser la force Fajing à outrance, taper les pieds avec force au sol, fatiguer le corps et le cœur, bloquer et verrouiller l’énergie, s’entraîner dans un endroit pollué, ne pas savoir absorber et chercher à travailler en force en poussée de mains Tuishou.
Il est déconseillé de s’entraîner dans les circonstances suivantes : s’exposer au vent, à la brume, après manger, après un breuvage d’alcool, grippé et fiévreux, après des rapports sexuels, pendant des changements brutaux de la météo. Pour les femmes, pendant les périodes réglées, elles doivent alléger l’entraînement et prendre plus de repos. Pour les femmes enceintes, les mouvements doivent être légers, doux et confortables. - Qu’entend on par "se blesser"?
Après avoir examiné "comment s’entraîner pour éviter des blessures", il faut savoir comment se protéger pour les prévenir.
Il y a deux sortes de dommages : l’un interne et l’autre externe.
On peut citer les risques de dommage interne comme suit:
- a) « des actions » en excès risquent de nuire au
corps sont: trop forcer sur la vue provoque l’usure du sang, trop dormir
lèse l’énergie, s’asseoir trop longtemps atrophie les muscles, se tenir
debout trop longtemps use les os, marcher trop longtemps abîme les
tendons.
- b) « les sept émotions » en excès sont: trop
d’angoisse alourdit le cœur, de grosse colère lèse le foie, trop de
pensées dérange la rate, un excès de tristesse ou de joie perturbe les
poumons, de grande peur ou de frayeur blessent les reins.
- c) « des pratiques » en excès sont: de rapports
sexuels trop fréquents usent l’essence Jing, trop de paroles fatiguent
l’énergie Qi; trop d’activité cérébrales usent l’esprit Shen,
travailler en excès bloque le réchauffeur médian.
- d) « Des gloutonneries » en excès sont: trop manger et
trop boire surchargent l’estomac et les intestins, d’abus d’alcool
dérange les organes et les entrailles, d’usage des cinq saveurs (le
salé, le sucré, l’amer, le piquant et l’acide) trop prononcés lèse les
cinq organes, manger avec préférence nuit à l’équilibre.
- a) « des actions » en excès risquent de nuire au
corps sont: trop forcer sur la vue provoque l’usure du sang, trop dormir
lèse l’énergie, s’asseoir trop longtemps atrophie les muscles, se tenir
debout trop longtemps use les os, marcher trop longtemps abîme les
tendons.
- Les risques des dommages externes sont :
- a) « Coups de vent » à éviter: pendant la douche,
après avoir bu, après avoir transpiré, dormir la nuit à l’extérieur,
après la levée du lit.
- b) « Coups de froid » à éviter: les vêtements froids
humides, des pièces sombres et froides, absorber des aliments froids,
boire de boissons froides et prendre des repas glacés, marcher pieds nus
le matin.
- c) « Coups d’humidité » à éviter: s’asseoir et
s’allonger sur des endroits humides, affronter le vent et la pluie,
garder des habits trempés de sueur, se forcer à patauger dans de l’eau,
prendre la douche avec le ventre vide.
- a) « Coups de vent » à éviter: pendant la douche,
après avoir bu, après avoir transpiré, dormir la nuit à l’extérieur,
après la levée du lit.
- En plus, il faut être attentif aux changements de saisons: pendant le
printemps qui correspond à l’organe du foie et à l’élément "bois", il
faut éviter le vent ; pendant l’été qui correspond à l’organe du coeur
et à l’élément "feu", il faut éviter la chaleur ; pendant l’été indien
qui correspond à l’organe de la rate et à l’élément "terre", il faut
éviter l’humidité ; pendant l’automne qui correspond à l’organe des
poumons et à l’élément "métal", il faut éviter la sécheresse et pendant
l’hiver qui correspond à l’organe des reins et à l’élément "eau", il
faut éviter le froid.
En un mot, comprendre la théorie du Taiji quan, les techniques de la Boxe et les règles de préservation de la santé aident à fortifier le corps, à éloigner les maladies, à prolonger l’énergie vitale en rétablissant les trois Trésors (Jing – Qi – Shen) et en les intégrant dans l’entité Hunyuan. La puissance interne, les habilités en boxe et le champ énergétique et électromagnétique augmentés, sa capacité et son niveau Taiji gongfu changent en qualité pour atteindre la grande Réussite.
Notes du traducteur:
Certaines notions utilisées en chinois sont traduites de la manière
suivante :
La boxe signifie les exercices utilisant le ‘poing’, et non dans le sens
général (non de la discipline boxe française – anglaise).
Le gongfu est une expression au sens commun. Il signifie que le travail
de la personne a atteint un bon niveau de maîtrise : un maître pâtissier
a du gongfu en pâtisserie. Vu la vulgarisation à travers des films sur
les arts martiaux par Bruce Lee, on les appelle les films de gongfu. A
partir de là, par abus de langage, on a pris l’habitude d’appeler la
pratique des arts martiaux chinois le gongfu, mais en réalité, on
devrait dire le Wushu.
Le cœur signifie ce qui est relié à l’esprit, non matériel, pris dans le
sens "avoir du cœur" et non dans le sens de l’organe lui-même, ni de son
fonctionnement.
L’état ciel antérieur concerne l’état avant la naissance, congénitale,
tandis que l’état ciel postérieur concerne tout ce qui vient après la
naissance.
Toutes les annotations de bas de page sont du traducteur.
[1] Ciel Antérieur : Etat primordial caractérisé par la non
différenciation, un état chaotique. Pour l’homme, il représente l’état
fœtal, avant la naissance.
[2] Ciel Postérieur : Etat engendré par le Ciel antérieur,
comprenant deux énergies yin et yang. Pour l’homme, il représente l’état
après la naissance avec la coupure du cordon ombilical.
[3] Dans la cosmologie antique chinoise, les sept étoiles (ou
astres) sont: soleil, lune, Mars, Mercure, Jupiter, Venus et
Saturne. Elles sont aussi utilisées pour indiquer les jours de la
semaine.
[4] Yangsheng : (yang : nourrir ; sheng : la vie, la vitalité),
l’art de préserver et de cultiver sa vitalité, pour le bien-être et la
longévité.
[5] Les dix huit ‘balles’ : elles correspondent aux dix huit
principales parties articulaires du corps. On compte : les deux épaule -
les deux coudes– les deux poignets- les deux aines – les deux genoux –
les deux chevilles – les deux fessiers – le cou – la poitrine - la
taille - le ventre.