


Récit sur Maître Feng Zhiqiang
Fondateur du Style Hunyuan
Ecrit par Pan Houcheng, Shanghai
Traduit par Luo Liwei (Lac Le-My), Paris, 2004
Maître Feng Zhiqiang est un expert en art martial chinois
contemporain, membre du Comité des Arts Martiaux chinois, vice-président
du Comité Wushu de Beijing, président de l’Association de Recherche du
Taiji quan style Chen Beijing et directeur de l’Institut martial
Zhiqiang. Il appartient à la 18ème génération en Taiji quan style Chen[1]
et est le fondateur du style Xinyi Hunyuan Taiji quan[2].
Originaire du district Shulu, province de Hebei, Maître Feng Zhiqiang
est né en 1928.
La famille Feng est anciennement connue à Shulu comme une famille de
tradition bien ancrée dans le maniement des armes. Son
arrière-grand-père était un mandarin militaire- Wuju vers la fin de la
dynastie Qing. Il excellait au maniement de la hallebarde, au tir à
l’arc et en équitation. Il avait une force physique étonnante et des
techniques en arts martiaux remarquables.
De la génération des parents de Feng Zhiqiang, un oncle Wang Yunkai
pratiquait la boxe du Shaolin. Influencé très fortement par les
traditions familiales et par les coutumes locales, Feng Zhiqiang est
attiré très jeune par ces pratiques, fait des démonstrations d’exercices
de bras et de jambes devant son arrière-grand-père et savoure les
histoires ‘de capes et d’épées’ racontées par son oncle Wang.
A huit ans, après la mort de l’arrière-grand-père, il a de plus en plus
envie de s’initier à la pratique. L’oncle Wang lui accorde de
s’entraîner avec son fils au ‘Shaolin Tongzi gong’[3]
, à la posture de l’arbre – Zanzhuang, aux exercices de ‘Damo modifiant
les tendons’ et à la boxe chinoise.
Avec un don inné et de qualité rare, en quatre années, il acquiert de
solides bases et progresse rapidement. Malgré son jeune âge, il est
capable de porter un bloc de pierre de 200 kg de pierre et de faire le
tour de la cour. L’oncle est très surpris de cette vigueur et de ces
performances.
De caractère agité comme les garçons de son âge, tenace et aimant la
justice, n’ayant peur ni ‘du ciel qui tombe sur la tête ni de la terre
qui tremble sous les pieds’, il devint vite le ‘justicier’ qui aide les
plus faibles et punit les petites crapules locales. A cause de ses
grands yeux dans un visage ressemblant à la face d’un tigre, il est
connu dans les parages avec le surnom ‘Tigre aux grands yeux’. Les
jeunes le considèrent comme ‘le roi des enfants’, les petits voyous du
coin le traitent de ‘comète de malheur’. Pour éviter que les litiges
belliqueux ne s’amplifient, sa famille décide de l’envoyer à Beijing
chez un parent, loin du village. En le plaçant comme apprenti dans une
fabrique, elle espère que Feng y acquière un métier. Elle ne s’attendait
nullement à ce que ce choix le conduisit droit au succès dans les arts
martiaux.
Travailler dur la boxe ‘Tongbei quan’[4] et premier succès.
En ce temps-là, la capitale Beijing (anciennement Pékin), lieu de
rassemblement de tous les styles et de tous les maîtres en arts martiaux
du pays, devenait le centre représentatif des styles du nord.
Un soir, pendant son entraînement dans la cour, Feng entendit des bruits
secs de frappe: quelqu’un était entrain de s’entraîner à la boxe. Par
curiosité, il monta sur le muret : Son voisin était en pleine répétition
de la Boxe du Gibbon - Tongbei quan et avait l’air d’être un expert en
la matière. Content de trouver quelqu’un pour apprendre davantage, il
enjamba le muret et demanda son voisin de le prendre comme élève. Passée
sa première surprise et voyant ce jeune vigoureux, vif avec une ‘bonne
bouille’ et l’air décidé, Maître Han Xiaofeng l’accepta comme élève.
Estimé à Beijing comme étant l’un des deux experts en boxe Tongbei,
maître Han, originaire de Hebei Cangzhou[5]
excellait surtout en Tongbei, à la frappe aux points d’acupuncture
-Dianxue[6]
et aux exercices de Qinggong[7].
Ainsi, guidé par son second maître, Feng s’entraînait dur aux exercices
de Tongbei, à la frappe des ‘Paumes Zhusha’, des poteaux et des sacs et
travaillait aussi la boxe Shaolin. Après quatre ans, de progrès
palpables, le dotant d’une puissance physique percutante, Feng pouvait
casser cinq briques à main nue, contrait sept ou huit adultes sans
problème. En ce qui concerne le travail en boxe Tongbei, il comptait
parmi les nouvelles figures montantes.
Un jour, en compagnie de quelques copains, il passait devant un magasin
de charbon où un âne broutait de la paille. Effrayé par le passage des
gens, l’âne donna un coup de patte qui blessa un copain de la bande.
Apercevant cela, Feng envoya un coup de paume sur la cuisse de l’animal,
sans imaginer que ce coup allait rendre le pauvre animal impotent !
A vingt ans, le jeune Feng gagnait régulièrement pendant des ‘échanges’
techniques en accumulant de multiples expériences. Sa renommée
grandissait de jour en jour dans la Capitale.
Les techniques Xinyi lui ouvrent sa voie.
A l’époque, dans le milieu Wushu de la capitale, deux experts se
font remarquer, tous deux excellent en arts martiaux internes[8].
Hu Yaozhen (1879-1973), originaire de Shanxi, était passé maître
en arts martiaux, en Médecine traditionnelle chinoise et en recherche
sur le taoïsme. Il était très fort aussi en boxe Xinyi quan.
L’autre. Maître Chen Fake de la 17ème génération en Taiji quan style
Chen, venait de la province Henan, du village Chen Jiagou.
Le milieu des arts martiaux prenait grand plaisir à raconter les
anecdotes les concernant et pouvoir suivre leur enseignement devenait
une vraie chance dans la vie.
Ainsi, chez le jeune Feng, cette envie de faire leur connaissance
devenait de plus en plus forte. Mais à cette époque, à cause des règles
très strictes de chaque école et ne connaissant personne pour être
introduit auprès de ces deux experts, Feng a dû garder ce désir au fond
de lui-même.
Par hasard, il découvrit qu’un de ses condisciples connaissait Maître Hu
et lui demanda d’obtenir une entrevue.
Lors de cette rencontre, Feng voyant que Maître Hu n’était qu’un simple
"bonhomme" aimable, avec de mains fines, très loin des clichés du super
héros qu’il avait imaginés, commença à se poser bien des questions.
Après avoir entendu Feng expliquer son parcours, Maître Hu lui dit : "Tu
es un très bon élément. Mais pour progresser, ce n’est pas de cette
manière qu’on y arrive."
Feng ne comprenait pas: "J’ai commencé très jeune l’entraînement à la
boxe de Shaolin, à la boxe Tongbei, au renforcement musculaire, à la
casse. Comment se fait-il que cette manière ne marche pas ?"
Sérieusement, Maître Hu lui répondit : "Les arts martiaux chinois sont
très riches, ce ne sont pas des entraînements de force brute. La manière
de t’entraîner comme tu l’as fait va te casser physiquement, c’est
‘détruire’ le corps que tes parents t’ont donné."
"Se détruire?!" Feng semblait tomber des nues. Il avait toujours entendu
dire : "Il faut travailler dur, sinon on n’obtient pas de bons
résultats."
Maître Hu voyant que Feng ne pouvait pas saisir tout de suite le vrai
sens de cette conversation, suggéra que Feng le frappât.
Feng refusa en disant qu’il n’osait pas.
Maître Hu lui dit: "Comme je te dis de le faire, fais-le. Tu peux
frapper où tu veux, à ta guise."
Utilisant le tiers de sa force, Feng donna deux coups de poings.
Maître Hu le pressa de frapper avec toute sa force. Feng pensa en son
fort intérieur : "Cette fois ci, c’est vous qui me dites de frapper,
alors il ne faudra pas se plaindre que je ne respecte pas les ‘vieux.’"
Chargé de toute sa force, Feng fonça vers Maître Hu avec un coup de
poing direct. C’était fulgurant et très puissant. Mais c’était comme
frapper sur du coton. Le laps de temps de surprise passé, une énorme
force le renvoya en arrière. Il était projeté contre le mur à trois
mètres derrière, la tête vidée, les yeux pleins de mouches, livide. En
revenant petit à petit à soi, il s’aperçut qu’il n’était pas blessé et
que Maître Hu n’avait pas bougé d’un pouce. Inconsciemment, il avait eu
l’impression d’être allé heurter contre un mur d’air et d’avoir été
renvoyé par ce dernier. Il se sentait très surpris. C’était
invraisemblable.
Pendant ce temps, Maître Hu lui disait: "C’est mon tour."
Feng se disait : "Ca tombe bien car j’étais surpris tout à l’heure et je
n’avais pas vu comment était venue la contre-attaque ; Alors que
maintenant, je suis prêt en défense et peux voir comment va venir
l’attaque".
Feng se tenait bien concentré, dans une posture stable comme du roc,
forgée par une dizaine d’années de pratique. Apercevant Maître Hu
s’avancer avec un doigt pointé vers lui, Feng rassemblait tout son
esprit et toute sa puissance physique, prêt à la contre-attaque. Ne
voyant rien de concret sur le corps, la surprise à peine passée, il
sentit une force sortir du doigt de Maître Hu. Comme électrocuté, tout
son corps trembla et fut projeté à nouveau contre le même mur de tout à
l’heure, comme par une décharge électrique.
Abasourdi, Feng ne comprenait rien, et demanda : "C’est quoi comme
travail - gongfu[9]?"
Maître Hu sourit et lui répondit: "C’est du travail de l’énergie interne
- neijia qigong. Il permet l’accumulation de l’énergie en une ‘graine’,
la concentration de la force en un point."
Tout à coup, le surnom de Maître Hu revenait à son esprit : "Un doigt
fait vibrer le Qiankun"[10].
D’un seul coup, son champ de vision s’élargit, enfin son rêve
d’apprendre de véritables techniques allait se réaliser !
A partir de ce moment, Feng suivit l’enseignement de son 3ème Maître: le
travail énergétique interne de l’école et la boxe Intention - Cœur «
Xinyi Liuhe ». De l’accumulation d’énergie à la transformation de
l’énergie, de la Posture des trois "corps" au travail du Dan tian, des
"Quatre saisies" aux "douze formes et vingt quatre mains", ces exercices
meublaient ses journées.
D’année en année, grâce à de solides bases et à l’extraordinaire envie
d’apprendre, Feng maîtrisa rapidement les techniques, atteignit un bon
niveau au sein de l’école Xinyi et devint plus stable.
La voie du Taiji.
Pendant deux longues années, sous la direction du Maître Hu, Feng a
beaucoup progressé en travail interne Xinyi: Non seulement le circuit
"Zhoutian" joint, les trois Centres ouverts, l’énergie transformée en
"Esprit", mais encore la "Porte du Ciel" ouverte, la "Porte de la Terre"
fermée, le grain ‘Hunyuan’ se déplaçant à sa guise[11],
l’élasticité garnissant tout le corps. Devant un adversaire, le seul
contact suffisait pour faire la différence. Feng avait changé, on aurait
dit une autre personne.
Déjà, Maître Hu réfléchissait sur l’avenir de son disciple.
Maître Hu était quelqu’un de clairvoyant. Il trouvait que Feng était non
seulement talentueux mais susceptible de devenir un jour le précurseur
d’un nouveau courant, rassemblant plusieurs disciplines.
En effet, les arts martiaux chinois ont une longue histoire et une
tradition profonde ; chaque école, chaque courant ne représente qu’une
infime partie de ce grand "Puzzle". Seulement, à cause des contraintes
claniques entre écoles ou courants, les échanges étaient rares et les
milieux très fermés. Ces faits ne favorisaient pas du tout le
développement ni la relève des jeunes générations dans ce domaine.
Après plusieurs années d’observation, Monsieur Hu trouvait que le Taiji
quan style Chen et la boxe Intention-Cœur "Xinyi" faisaient partie de la
même famille car tous deux avaient la même base philosophique de la
transformation yin-yang, le même travail du souffle et toutes les
techniques martiales propres à tous les autres styles du Taiji quan qui
découlent tous du style Chen.
Il décida d’introduire Feng auprès de son ami Chen Fake(1887-1957),
illustre représentant du Taiji quan style Chen.
Feng était en même temps très content et perplexe. Content car il
pourrait ainsi apprendre auprès de deux illustres maîtres, perplexe car
devenir en même temps disciple de deux maîtres était ‘contraire’ à la
tradition du ‘milieu’ – on est disciple d’un seul maître et à vie.
Voyant que son disciple avait du mal à comprendre, Maître Hu lui
expliqua : "Le Taiji et le Xinyi font partie de la même famille. Tu
pourrais apprendre le Taiji quan auprès du Maître Chen et continuer à
suivre mes cours pour le Xinyi. On appelle cela le ‘double
apprentissage’. Il t’aidera énormément. Il te faut vraiment saisir cette
grande chance et la préserver. Alors tu auras un avenir rayonnant."
Il ajouta : "Wushu est un héritage ancestral mais non familial. Il ne
faut pas s’enfermer dans des querelles claniques. Au contraire, il faut
s’ouvrir et absorber tout ce qui est meilleur que soi. Ainsi nous aurons
la chance de promouvoir et de développer cet art."
Depuis, Feng est fortement imprégné par cette pensée qui l’accompagne
tout le long de sa vie et influence fortement ses actions pour la
transmission de cet héritage.
Maître Chen comprit cet acte rare et solennel de son ami, il comprit
aussi que Feng n’était pas un jeune quelconque. Il accepta volontiers
Feng comme disciple.
A partir de ce moment, Chen Fake devenait le quatrième maître d’art
martial de Feng.
Qui aurait pu soupçonner que quelques décennies après, c’est justement
ce disciple "non-Chen"[12]
qui reçut l’héritage du style Chen et qui porta cet art à travers le
monde entier ?
Depuis ce "double apprentissage", Feng s’entraînait encore plus
assidûment qu’avant. A ce moment là, il avait fini sa période
d’apprentissage et pouvait se suffire économiquement.
Ainsi, il arrangeait son emploi du temps pour s’entraîner au qigong et à
la boxe sept heures de suite, entre 4 heures et 11 heures. Il passait du
Xinyi au Taiji, du Liuhe au Chansi, du Neigong au Waigong, du Jinggong
au Donggong, de la posture immobile à la posture mobile, des exercices
solo aux exercices en duo, des enchaînements à la poussée de mains. En
même temps qu’il s’entraînait au Taiji et au Xinyi, il s’entraînait à
l’externe et à l’interne,
De 1950 jusqu’à 1957, en l’espace de huit ans, Monsieur Chen Fake lui a
modifié huit fois l’enchaînement. Ainsi, il a pu saisir les principes
essentiels du Taiji quan ainsi que la façon traditionnelle pour
s’entraîner. A travers la transmission orale du Maître Chen et ce qu’il
pouvait en comprendre, il cherchait les explications sur le principe de
la boxe, de la loi de transformation "Yi", de la Médecine traditionnelle
chinoise et des techniques martiales auprès de Monsieur Hu Yaozhen. En
combinant toutes ces informations et à travers sa propre pratique, au
fur et à mesure, il en a fit la synthèse, en créant des liaisons entre
ces disciplines apparemment éloignées les uns des autres.
En 1953, à Beijing, s’est constitué le "Cercle d’étude des arts martiaux
de la Capitale" avec Chen et Hu élus respectivement comme Président et
vice-président. Il permet aux membres des échanges théoriques et des
entraînements avec des Maîtres connus ou éclairés.
Les condisciples de Feng s’y rendaient deux ou trois fois par semaine
mais Feng s’y rendait quotidiennement. Une fois sur place, il commençait
toujours par rendre service au Cercle et à ses maîtres par différents
menus ménages, il attendait les moments libres ou des instants de
disponibilités de ses maîtres pour leur poser des questions ou répéter
une technique. Il ne ratait jamais aucune de ces occasions pour
apprendre.
A cette époque-là, Maître Chen lui avait confié une mission : tenir
compagnie à Chen Zhaokui (1928-1981), fils cadet du Maître et être son
partenaire d’entraînement. Du coup, tous les soirs, il a pu profiter
pleinement des précieux conseils du maître.
En ce qui concerne les échanges techniques, que ce soit avec des
personnes externes à l’école ou ses propres disciples, Maître Chen Fake
les faisait toujours avec beaucoup de soin, de mesure et de sérieux.
Les condisciples de Feng voulaient évidemment apprendre. Par contre,
pour recevoir des coups, ils étaient moins volontaires; c’est pourquoi,
ils limitaient leurs efforts à répéter les enchaînements puisque les
enchaînements se travaillent seuls. Pour Feng, prendre des coups n’était
pas agréable certes, mais il en tirait un enseignement. Donc malgré la
dureté de ces exercices, il n’abandonnait rarement. A la longue, une
habitude non codée s’installait entre les étudiants : dès qu’il y avait
un test avec maître Chen, ils le "cédaient" volontiers à Feng. Et au fil
du temps avec l’âge qui avançait, maître Chen laissa la plupart des
"échanges techniques" au bon soin de Feng.
Avec la pratique, Feng progressait rapidement et commençait à être connu
comme étant le Disciple de Chen Fake.
Dans une des lettres envoyées à Wan Wende de Shanghai écrite par Chen
Zhaokui, on pouvait lire : "J’ai un shixiong[13]
prénommé Feng Zhiqiang. Il est intelligent et parmi mes condisciples,
c’est lui qui est le mieux en Kungfu (en technique martiale)".
A peine trente ans passés, Feng combinait les techniques du Xinyi et du
Taiji quan, expert en interne aussi bien en externe. Le milieu des arts
martiaux pékinois commençait à le connaître.
Tisser les liens au sein de l’école.
En 1957, maître Chen décédait.
Un problème crucial pour les disciples de la 18ième génération fut posé
: Qui se chargerait de la continuité et du développement de l’école ?
Ce moment correspondait en Chine au mouvement politique du "Grand Bond
en Avant"[14].
Feng travaillait dur dans une usine métallurgique. Le travail y était
très physique et usant. Feng ne donnait pas de cours mais il se souciait
de ce qui arrivait à ses condisciples et répondait présent dès qu’ils
avaient besoin de lui.
Un pacte fut convenu entre eux :
1. Ne pas chercher la provocation.
2. Pas d’échanges- exercices avec les personnes extérieures à l’école.
3. En cas de challenge-combat, c’est Feng qui s’en chargerait.
Un jour, un représentant d’une école connue se pointa devant leur salle
d’entraînement. Exprimant le désir de faire des "échanges amicaux", il
ajouta : "Le Taiji quan est beau à regarder mais nul techniquement.
C’est juste bon pour aider la digestion."
Une date fut fixée pour cet "échange" et Feng fut prévenu.
Au jour J, ce provocateur accompagné de quelques amis, dès qu’il aperçut
le condisciple de Feng, il lui fonça dessus.
Feng s’avança, l’arrêta et dit: "Ce n’est pas la peine que vous vous
adressiez à mon condisciple aîné. C’est moi qui vais vous recevoir."
Après avoir fait quelques cercles autour de Feng, le provocateur se
tenait prêt.
A peine le contact fut-il établi, il fut comme électrocuté et projeté
lourdement par terre, respiration bloquée.
Feng alla vite auprès de lui pour le ranimer avec un massage des points
vitaux.
Revenant lentement à lui et voyant que Feng le collait, il reprit vite
ses distances et lança : "On se reverra dans trois jours" et déguerpit
rapidement.
Une autre fois, une célébrité de l’autre côté de la Grande Muraille, a
demandé un "échange" avec Feng qui accepta volontiers. Après coup, cette
personne, étant conquise, dit beaucoup de bien sur Feng qui lui répondit
par un sourire.
Une autre fois encore, un Maître qigong fort connu a proposé à Feng de
tester leur travail mutuel en s’arrêtant de s’alimenter et en ne buvant
qu’un peu d’eau. Trois jours après, Feng s’entraînait au tournoiement de
la barre de fer, lourde de 15 kg, tandis que le-dit Maître qigong
n’avait de force que pour marcher.
Parmi ses condisciples, une amitié solide s’était tissée entre Feng et
Chen Zhaokui. Ils étaient inséparables depuis que Maître Chen a demandé
exprès à Feng de prendre soin de ce jeune frère.
Du coup, Feng faisait de son mieux pour qu’ils s’entraînent ensemble et
apportait toute sa bienveillance envers ce jeune condisciple qui la lui
rendait bien : avant et après chacun de ses déplacements en province,
Chen Zhaokui prenait l’habitude de passer chez Feng pour le voir et
échanger les informations.
Aussi après le décès prématuré de Chen Zhaokui[15],
Feng le regretta-t-il souvent.
En 1981, quand les condisciples de Feng apprirent son départ en pré
retraite, ils se précipitèrent chez lui pour lui demander de se
consacrer à la ré organisation de l’école.
En 1983, le "Cercle Beijing de recherche sur le Taiji quan style Chen"
fut créé et Feng en devint le président.
A partir de cette date, le Taiji quan style Chen fut de plus en plus
enseigné dans les autres villes chinoises puis à l’étranger.
Ramener le Taiji quan style Chen à son berceau.
Le village Chen Jiagou à la province Henan fut le berceau du Taiji quan
style Chen où à chaque génération surgissaient des Maîtres des arts
martiaux remarquables.
A la 17ème génération, comme Maître Chen Fake s’était illustré
techniquement, il devenait d’office le "représentant" de ce style.
Quand il quitta son village Chen Jiagou et s’installa à la capitale,
Beijing devint ainsi le foyer de rencontre du Taiji quan style Chen.
A la fin de la "Révolution Culturelle"[16],
la vie normale reprit ses droits. Les activités culturelles et
artistiques refirent surface. Le milieu des arts martiaux se restructura
de fond en comble. Mais les dix ans de la Révolution Culturelle avaient
laminé la pratique du Taiji quan au village Chen.
Pour préserver ce patrimoine culturel, le Secrétaire du parti à Chen
Jiagou envoya une lettre à Feng, pour l’inviter à enseigner son art au
village. Sentant la signification d’une telle mission, se souvenant des
enseignements des Maîtres Chen et Hu, Feng accepta de bon cœur.
Ainsi, vers 1979, en trois voyages succesives, les connaissances
authentiques qu’il avait acquises avec maître Chen Fake furent
transmises intégralement aux pratiquants du village initiés déjà aux
pratiques ancestrales et qui vinrent aussi à Beijing pour se
perfectionner.
Aujourd’hui, le solide développement du Taiji quan au village Chen
Jiagou est lié à la contribution de Feng pendant ces années
quatre-vingt.
En repensant à ces moments passés au village Chen, en tenant compte des
évolutions récentes et en voyant l’avenir du Taiji quan, Feng Zhiqiang
s’est remémoré une parole du maître Hu Yaozhen : "Les arts martiaux
chinois ne sont pas la propriété d’une famille ou d’une seule école,
mais bien le patrimoine du peuple chinois et de l’humanité tout
entière."
Quelques anecdotes sur la "force surhumaine".
Vers les années soixante, Feng travaillait dans une usine métallurgique
à Beijing.
Un jour, une panne s’est produite sur le câble d’une remorque, une
machine lourde de 500kg était sur le point de tomber. Les ouvriers
couraient dans tous les sens, affolés. Travaillant juste à côté, en
voyant la scène, Feng fonça dessus, prit la machine dans les bras et la
déposa par terre, pendant que les autres se remettaient de leur émotion.
Ils questionnaient Feng : "Connais-tu le poids de cette machine ? Au
lieu de l’esquiver, pourquoi l’as-tu au contraire réceptionnée ? As-tu
seulement pensé aux conséquences ?"
Feng répondit : "Sur le coup, je ne pense à rien. J’ai simplement
‘écouté’ mon cœur. Je ne sais même pas comment j’ai fait pour aller en
dessous de la machine, ni comment je l’ai tenu dans mes bras. Mais j’ai
senti une chaleur partir de mon Dan tian[17]
, longer mon dos et monter vers ma tête et j’ai pris la machine."
D’ordinaire, ses collègues savaient que Feng pratiquait les arts
martiaux mais ils n’avaient aucune idée de son niveau. Là, ils ont pu
voir de leurs propres yeux sa puissance surhumaine.
Depuis, tout le monde fut au courant qu’un "superman" travaillait à
l’usine métallurgique. Pas mal de jeunes voulaient tester Feng. Ce
dernier les évitait régulièrement.
Un grand gaillard, ayant servi dans l’armée et ayant entendu les
"exploits" racontés sur Feng, cherchait à les voir de visu.
Un jour, Feng en plein travail était accroupi à côté d’une machine. Le
jeune, voyant cette bonne occasion, s’approcha de Feng par derrière en
douceur pour le pousser et le renverser par terre. Mais à peine
l’avait-il touché qu’il fût projeté lourdement par terre. Cette
projection lui a cloué le "bec" définitivement.
Il y avait un maître des arts martiaux qui, n’ayant jamais cru à
l’efficacité du Taiji quan, demandait à tester Feng Ce dernier était
d’accord. Alors le Maître commença par donner un coup, une vrille de
Feng le fit projeter en arrière. Puis, Feng lui demanda de le pousser
fort. Avec un tour du centre Dan tian accompagné d’un "Heng Ha"[18]
, la personne s’est vue jeter et tomber au sol. Elle a mis un bout de
temps pour revenir à elle-même.
A cette époque, dans l’usine, il y avait une équipe de lutte chinoise
formée de douze gaillards bien solides sur leurs jambes. Un jour, Feng
qui passait devant leur salle d’entraînement, fut assailli par la bande
voulant comparer leur force avec Feng. Alors, sans pouvoir leur refuser
et amusé par leur idée, Feng leur dit: "C’est simple. Il vous suffit de
vous mettre à la queue leu-leu et me pousser de toutes vos forces". Les
lutteurs pensaient : Chacun de nous est fort comme un roc. Avec l’équipe
rassemblée, ça vaudra une poussée de quelques milliers de kg. Comment ne
pas le renverser! Trop bonne occasion ! Alors, ils se mirent l’un
derrière l’autre, le premier mit ses mains contre le ventre de Feng et
"un, deux, trois", ils poussèrent tous en avant. Feng ne bougea pas d’un
pouce. Tout à coup, le ventre de Feng fit un tour et les douze grands
gaillards tombèrent par terre. Là, ils s’inclinèrent devant la force
surhumaine de Feng.
Un scénario similaire s’était produit en 1987, à l’occasion du Meeting
International de Wushu à Shenzhen. Un étudiant étranger qui voulait
tester le niveau de Feng, avait formé une queue de sept personnes. Le
résultat fut pareil que précédemment. Depuis, l’étudiant en question n’a
cessé d’exprimer son admiration.
Actes de bravoure.
Un jour, dans les années cinquante, en rentrant de son travail, Feng
traversait un Hutong[19].
Soudain, il entendit au loin des cris féminins qui appelaient au
secours. Il se précipita vers elle. Trois jeunes voyous tentaient
d’arracher la bicyclette d’une jeune fille. Voyant Feng s’approcher,
chacun le menaça de son couteau en lui criant: "T’occupes!!".
Furieux, Feng leur lança : "Justement, je vous ai croisé et je vais
m’occuper de vous !"
Immédiatement, il fit tomber le premier à terre. Le deuxième lui fonça
dessus avec le poignard.
Feng, après esquiva la lame, d’un coup au poignet, il lui fit lâcher
l’arme et fit plier l’adversaire en deux. Le troisième l’attaquait déjà
par derrière.
En exploitant cet élan, Feng lui appliqua la prise "Freiner avec la
taille et appuyer avec le coude". Le troisième voyou fut projeté par
terre.
Avec la peur et la douleur mêlées, les trois se sont sauvés aussi vite
qu’ils purent.
Feng accompagna la jeune fille jusque chez elle mais avant que les
parents aient eu le temps de sortir le remercier, il repartit et
disparut dans la foule.
Apporter la fierté à son pays en transmettant l’art authentique.
Septembre 1981, un collègue de l’Institut de Pékin de Wushu rendait
visite à Feng, l’air embarrassé. Voici son histoire :
Un occidental, maître en arts martiaux est venu à Pékin.
Connaissant plusieurs styles et techniques de combats aussi bien
occidentaux qu’orientaux et ayant parcouru plusieurs pays d’Asie du
sud-est, il était déçu de ne pas avoir rencontré un "collègue" à sa
hauteur, aussi espérait-t-il qu’en Chine, ses rencontres seraient plus
fructueuses dans ce domaine.
L’Institut de Wushu l’avait introduit dans quelques échanges mais il
n’en était guère satisfait.
Finalement, il avait mentionné le nom de maître Feng. D’où la visite de
ce collègue.
En entendant cette "invitation", Feng n’avait pas réagi. En son fort
intérieur, il se disait :"Primo, je viens de prendre la retraite,
quelque récupération pour ma propre santé est nécessaire. Secundo, j’ai
pris de l’âge, les challenges ne sont plus pour moi. Tertio, un échange
avec un 'étranger' va induire une conséquence sur le plan international:
si tu gagnes, tu sauves l’honneur de ton pays, mais tu ne peux en aucun
cas provoquer de la blessure physique."
Mais voyant l’air implorant de son ami, finalement il accepta.
Arrivé à l’Institut de Wushu, Feng invita le maître occidental à lui
montrer quelques prises.
- "Et alors ?" Demanda le maître occidental.
- "Tu es très puissant sur la moitié supérieure de ton corps mais tu
‘flottes’ en bas car tu n’es pas enraciné." Lui répond Feng.
Par fausse modestie, évidemment non convaincu, le maître occidental le
pria d’être plus explicite.
Feng répondit : "D’accord ! Tu attaques et je réceptionne."
L’occidental lui fonça dessus, en déployant toute sa puissance.
Au même instant, Feng détend ses épaules, relâche ses coudes, ses deux
mains partent du bas et parent vers le haut, son pied droit inséré
naturellement vers l’entrecuisse du maître occidental. En Taiji quan,
cette prise est appelée "surprendre le haut, occuper le bas" et
"transformer pour vider".
Alors l’occidental, ayant frappé dans le vide, donc sentant toute son
énergie vidée, ne pressentait rien de bon. Simultanément, une chaleur
partait des doigts de Feng et atteignait la poitrine de l’adversaire qui
fut projeté en arrière, contre le mur. Cette prise est appelée "La force
unifiée en un point" et "quatre onces dévient les mille livres[20]
."
Comme réveillé après un cauchemar, le maître occidental ne saisit pas
comment il s’était abîmé contre le mur, sans avoir eu l’impression de
recevoir un coup quelconque.
Il voulut faire un autre essai.
Même résultat pour ce deuxième essai.
Devant ce bonhomme chinois à l’air paisible de trente ans plus âgé et
plus petit d’une tête, le maître occidental dit : "Maître Feng, votre
force interne est très puissante, vous représentez ce pouce ajouté à
celui-ci." tout en montrant ses deux pouces pour lui exprimer
l’exceptionnelle maîtrise martiale.
Feng répondit en sortant son petit doigt : "En Chine, je représente
ceci, Il existe beaucoup de maîtres plus forts que moi."
- "Ah oui ! Où peut-on les rencontrer ?"
- "Ils habitent un peu partout en Chine. Certains habitent dans les
hautes montagnes, d’autres sont cachés dans les bois, en ermitage."
A partir de ce moment, le maître occidental se mit à pratiquer le Taiji
quan, l’enseigna en Occident et se rendit régulièrement à Beijing pour
rendre visite à Maître Feng.
Démonstration des grands maîtres à Shanghai.
En juillet 1982 fut organisée à Shanghai une démonstration nationale des
maîtres Taiji quan.
L’effervescence créée par cet événement dans le milieu des arts martiaux
était comparable à la température d’un mois estival : très « chaud ! »
Et l’œil de ce "cyclone" était justement la venue de Feng
Il y avait deux raisons de ce "pic":
Premièrement, tout le monde attendait à voir de visu ce personnage ayant
mis fin au défi "venant d’occident."
Deuxièmement, Feng participait à la soirée sans être accompagné,
laissant aux organisateurs le choix de ses partenaires. Ainsi, c’était
là une occasion rare de voir d’authentiques confrontations en poussée de
mains.
Le premier partenaire était un pratiquant de Taiji quan. Après contact,
une vrille de Feng le projeta contre la tribune officielle dont il
renversa les tasses et les verres. Une salve d’applaudissements des
spectateurs retentit dans la salle.
Une nouvelle rencontre eut lieu en plein air sur le terrain
d’entraînement de l’Institut des Sports. La deuxième personne était un
maître en casse, technique de qigong dur. Il était connu à Shanghai pour
être "intraitable".
Effectivement, dès contact, le partenaire ne laissait aucun répit à
Feng. Mais il fut ‘retourné’ et projeté par terre ; au deuxième contact,
il était envoyé à plusieurs mètres, en rasant le sol ; au troisième
essai, il était à nouveau "sorti" latéralement.
Ainsi tous les invités et spectateurs purent admirer des techniques de
haut niveau, la maîtrise et le travail de Feng.
Et surtout, les paroles du maître de casse exprimèrent ce que toute
l’assistance en pensait :
"Le travail de Maître Feng est un travail authentique. Son Taiji est le
vrai ‘taiji’."
Depuis, une véritable relation de Maître –Disciple s’est établie entre
eux.
Du coup, "Feng Zhiqiang : Taiji authentique" devint le sujet favori des
milieux des arts martiaux de Shanghai.
A la demande des pratiquants, Feng resta trois mois à Shanghai pour
enseigner le Taiji quan. Beaucoup de pratiquants d’autres styles, se
joignirent à ses cours.
Durant son séjour, régulièrement, des personnes, sous mille prétextes,
cherchèrent à se confronter à lui. Chaque fois, Feng prit soin de bien
"doser" ses prises.
Tout le milieu des arts martiaux de Shanghai devint admiratif du haut
niveau technique de Feng et de son respect pour la noblesse des arts
martiaux.
Il s’y était fait beaucoup d’amis.
Promotion du Taiji quan à travers le monde.
Si Chen Fake a été le premier à avoir porté le Taiji quan style Chen
depuis sa pratique familiale villageoise jusqu’à Beijing la capitale et
l’avoir rendu accessible au grand public; si Chen Zhaokui, fils de Chen
Fake, a été le premier à vulgariser cette pratique à travers les petites
et moyennes villes chinoises, alors, on pourrait dire que Feng est celui
qui a le plus investi dans l’enseignement et la promotion de ce style à
travers le monde entier,
A partir de 1984, l’année où pour la première fois, Feng fut invité
officiellement au Japon, le Taiji quan style Chen et l’école de Feng
commencèrent à être connus à l’étranger.
Depuis presque vingt ans, Feng a visité maints pays : Japon, Corée,
Mexique, Etats-Unis, Singapore, Suisse, Suède, Finlande, Hollande,
Espagne, Hongkong, en y animant des conférences et des stages et en
renforçant sans cesse les liens culturels entre la Chine et ces pays.
Chaque année, en recevant des stagiaires venus des cinq continents,
d’une trentaine de pays, il contribue à faire connaître cet art
traditionnel chinois, le Taiji quan, aux quatre coins du monde.
Le Japon est le pays le plus visité par Feng. Depuis 1984, il s’y rend
presque tous les ans. Ses stagiaires y sont pour la plupart des
enseignants de Taiji quan ou des pratiquants de Judo, de Karaté ou
d’Aïkido.
Immanquablement, le milieu des arts martiaux japonais lui demande "des
échanges techniques", Feng essaie de les satisfaire, en montrant toute
la subtilité de son art. Et les maîtres Sumo ont beaucoup apprécié ses
techniques d’enroulement de la soie "Chansi jing".
Même le responsable du Hapkido coréen venu exprès au Japon pour y
rencontrer Feng se montra particulièrement admiratif devant son travail
interne de Hunyuan Taiji neigong.
A l’extérieur de la Chine, le milieu des arts martiaux qualifie Monsieur
Chen Fake comme "le saint" en Boxe - Quansheng, Monsieur Hu Yaozhen
comme "l’âme" en boxe –Quanshen. En ce qui concerne Feng Zhiqiang, ayant
hérité l’enseignement de ces deux éminents maîtres, les Japonais lui ont
réservé les plus grandes honneurs, en le qualifiant de "plus haut
représentant chinois en Taiji quan", "Taiji quan et Hunyuan qigong – le
monde à Feng Zhiqiang", "Le Kung-fu de Feng profond comme la mer".
Ses écrits sont traduits en japonais et dix huit associations d’arts
martiaux japonais se sont regroupées en "Centre japonais de recherche du
Feng Zhiqiang Taiji quan" et de nouvelles écoles se créent en intégrant
les techniques du Taiji quan chinois, avec comme nom Taiji judo, Taiji
karaté ou taiji aïkido.
En 1986, une tournée culturelle chinoise a eu lieu à travers les
Etats-Unis et le Mexique, organisée par l’Institut de Wushu de Pékin.
Maître Feng en faisait partie.
Il a aussi assisté au "Meeting des arts martiaux U.S".
Partout où il était, c’était un ballet incessant de visiteurs, d’élèves,
de challengeurs, chinois, occidentaux, noirs américains, Feng les
recevait de bon cœur.
Son noble esprit et son haut niveau technique ont permis aux arts
martiaux chinois de reprendre la place qu’ils auraient dû toujours
occuper et ont beaucoup changé les préjugées sur le Kung-fu Wushu comme:
Le Wushu chinois n’est que "poing fleuri et pied qui tricote"[21]
ou encore "Les techniques martiales chinoises ont disparu."
Les Chinois d’outre-mer prénommaient Feng : "Le représentant du Taiji,
l’art national authentique". Un boxeur noir l’appelait: "Kung-fu papa."
En 1988, lors d’un séjour de stage à Singapore, à peine descendu à
l’Institut national de Singapour, Feng a reçu la visite d’un maître des
arts martiaux qui excellait en combat libre -Sanda, cascadeur dans des
films de kung-fu, très connu dans les pays du Sud-Est asiatique. Il
disait que depuis fort longtemps qu’il entendait le nom de Feng, voulait
faire quelques "échanges techniques" avec lui. Il s’était confronté au
boxeur Ali qui n’avait pas eu l’effet escompté, même à la troisième
frappe. Ali disait que la boxe chinoise est incroyable.
Voyant que les hôtes ne parvenaient pas à décourager ce maître
cascadeur, Feng accepta le challenge sur place malgré la fatigue du
voyage. Après coup, ce monsieur, ravi, affirma : "Elle est bien
véridique votre renommée." Il en profita pour s’inscrire à tous les
stages organisés, y compris le Taiji quan, le qigong, le taiji bâton et
le tuishou[22].
En tenant compagnie à maître Feng quotidiennement, quatre mois après, il
avait énormément progressé.
Maître Feng est quelqu’un d’intègre. Il a refusé de s’installer à
l’étranger et décliné les invitations privées à forte récompense
financière en disant toujours : "Ma racine est en Chine." Et il
s’efforce dans ses actes et paroles à privilégier la patrie, le peuple,
l’honneur de l’école et la morale.
Laisser un héritage écrit.
Maître Feng possède non seulement une forte technique mais aussi une
profonde culture dans les écrits des arts martiaux. Il sait rassembler
de plusieurs courants ce qui est juste et bon. Grâce au cumul de ses
expériences pratiques et à la transmission orale de ses maîtres, il a
réussi la synthèse des différents courants et condensé par écrit des
principes essentielles.
Depuis une dizaine d’années, on ne compte plus les livres édités et les
articles parus, ainsi que des dizaines d’enregistrement vidéo.
Régulièrement, ses écrits paraissent dans les magasines spécialisés
chinois et étrangers, expliquant le sens profond du Taiji quan,
dévoilant des exercices gardés secrets jusqu’à présent, ramenant
l’authenticité dans l’entraînement et développant l’idée de la
préservation du Taiji quan.
Tout ceci a soulevé un fort écho parmi les collègues, très appréciés des
pratiquants. Certains de ses livres ont été traduits en langues
étrangères et ré-édités plusieurs fois. Pour d’autres, les droits
d’auteurs ont été achetés par les éditeurs étrangers.
Ces écrits de maître Feng représentent le fruit de recherche et
d’expériences de toute une vie consacrée à cet art. C’est un bien
précieux cadeau pour le développement du Taiji quan et une impulsion
pour le rayonnement mondial des arts martiaux chinois.
Maître Feng répète souvent : "Si le Taiji quan peut contribuer au
bien-être et la préservation de la santé de l’Humanité, c’est bien là ma
plus grande récompense et mes vœux les plus chers."
[1] Généalogie du Taiji quan style Chen :
les maîtres reconnus sont classés par Génération. On peut ainsi remonter
l’arbre généalogique pour la filiation, comparable au système de
‘promotion’ des Grandes Ecoles. La relation Maître-disciple est ainsi
clairement établie.
[2]
Xinyi Hunyuan Taiji quan : style fondé par maître Feng Zhiqiang.
Synthétisant les techniques en travail énergétique, reçu du maître Hu
Yaozhen et en Taiji quan style Chen, transmis par maître Chen Fake, Feng
a fondé l’école Xinyi Hunyuan Taiji quan.
Xin : le cœur, Yi : l’intention – l’esprit, Xinyi : utiliser l’intention
et avoir le cœur; Hun : non différencié, Yuan : originel, Hunyuan : état
originel, le chaos ; Taiji : Grand Faîte, Quan : le poing, Taiji quan :
l’art martial interne se basant sur la transformation et la dualité de
Yin-yang.
[3]
Shaolin Tongzigong : Shaolin : style externe en arts martiaux
chinois, Tongzi : garçonnet, Gong : travail ; Tongzigong : exercices de
base pour renforcer le corps dans le style Shaolin.
[4]
Tongbei : tongbei: nom du gibbon. Tongbei quan : la boxe imitant
les larges gestes de bras du gibbon.
[5]
Hebei Cangzhou : district anciennement lieu de déportation des
condamnés de justice, devient le haut lieu de rassemblement des maîtres
des armes, illustrant une tradition très profonde en arts martiaux.
[6]
Dianxue : (dian : pointer ; xue : point méridien du corps)
faisant parties des techniques de saisie –luxation ‘qinna’, consiste à
créer un blocage internes aux points vitaux du corps.
[7]
Qinggong: apprentissage pour renforcer la capacité de faire des
bonds prodigieux, vise à rendre le corps ‘léger’.
[8]
Arts martiaux internes -externes: Neijia-Waijia quan (nei :
interne ; wai : externe ; jia : maison, école ; quan : boxe, poing):
Dans les arts martiaux chinois, la distinction entre la Boxe Externe de
la Boxe Interne(Waijia quan- Neijia quan) est relativement récente.
On distingue :
la boxe de Shaolin, appelée Waijia quan (Boxe Externe), plus musculaire,
pratiquée par les moines, Chujia ren (personnes sorties des vicissitudes
du monde profane et de la famille).
la boxe Interne, appelée Neijia quan dont la pratique est plus souple,
lié au travail énergétique avec des techniques de contrôle des points de
Méridien du corps.
Cette distinction est adoptée par la suite pour séparer la pratique en
deux catégories: les Boxes Internes comme le Taiji quan, le Xingyi quan,
le Bagua quan mettant l’accent sur le travail interne (l’énergie, la
pensée, la souplesse), et d’autre part, toutes les autres boxes nommées
Boxes Externes (Shaolin quan, Nanqian, …)
[9]
Gongfu (ou Kung-fu) : travail, maîtrise.
[10]
Qiankun : deux des huit trigrammes, désignant le Ciel et la Terre.
[11]
Toutes les techniques utilisant le travail énergétique comme
base pour fortifier intérieurement, caractéristiques des écoles
‘internes’.
[12]
Non-Chen : ne faisant pas partie du clan Chen.
[13]
Shixiong : (shi : professeur, exemple ; xiong : grand-frère)
condisciple aîné.
[14]
Le "Grand Bond en Avant" est un mouvement lancé en 1958 par le
gouvernement chinois cherchant à obtenir des succès économiques par voie
‘révolutionnaire’.
[15]
Chen Zhaokui {1928-1981) 18ième génération du Taiji quan style
Chen, fils de Chen Fake, expert en saisie Qin na et en postures basses.
[16]
La Révolution Culturelle dont le nom officiel est la "Grande
Révolution Culturelle Prolétarienne" est un mouvement politique lancé à
partir du 18 mai 1966 par Mao Zedong. Elle a duré plus de dix ans,
créant une situation chaotique sans précédent en Chine. Elle a pris fin
en 1976, avec la mort de Mao Zedong et la chute de la Bande des Quatre.
C'est en 1979 que l'ordre s'est petit à petit rétabli, avec l'arrivée au
pouvoir de Deng Xiaoping et le lancement des Quatre Modernisations.
[17]
Dan tian : Champ de cinabre.
[18]
Heng Ha : correspond à la durée d’une respiration courte (
inspiration et expiration), pour signifier la rapidité de l’action. Ces
sons accompagnent la sortie de force en Taiji quan style Chen.
[19]
Hutong : petites ruelles étroites, typique dans les anciens
quartiers ou habitations pékinoises. L’ensemble formait un labyrinthe
qui rendait la vie du quartier très animé. Ce système de ruelles tend à
disparaître aujourd’hui.
[20]
Si liang buo qian jin : (si : quatre ; liang : mesure de poids
équivalent à 31.25g ; bo : déplacer, dévier ; qian : mille ; jin :
mesure de poids équivalent à 500g) 125g peut déplacer 500 kg..
L’expression signifie qu’une petite force peut déplacer un poids plus
important qu’elle.
[21]
Hua quan xiu tui : (Hua : fleur, joli ; quan : la boxe ; xiu :
du tricot ; tui : pied) expression dédaigneuse pour qualifier les
pratiques simplement chorégraphiques pour le spectacle mais vidé de son
sens martial
[22]
Taiji quan, qigong, Taiji bang, Tuishou : les différentes
disciplines enseignées dans l’école Hunyuan du Maître Feng.